Lucie de Clerck est bénévole au sein de Pesinet depuis septembre 2009. Elle vient de passer une semaine à Bamako dans le cadre des activités de l’association. Elle nous livre ses impressions sur cette première expérience au Mali.
Je suis investie au sein de l’association depuis quelques mois. J’ai travaillé jusqu’ici à des tâches plutôt « théoriques », de recherche de fonds et de réalisation de dossiers. En commun accord avec Anne, il nous paraissait utile et primordial que je me rende sur place pour avoir une idée concrète du travail mené.
30 pages de dossier apportent une vision conceptuelle et globale du projet et de ses enjeux, mais ne permettent pas de saisir réellement le quotidien des familles maliennes, ce que représente le travail de Fatoumata (agent de pesée, ndlr.) ou l’état de santé du petit Boubacar. De plus, travailler depuis cinq mois pour une association qui a son activité au Mali sans avoir jamais mis un pied en Afrique commençait à me donner des fourmis dans les jambes !
Mon but premier était de passer du temps sur le terrain, pour comprendre le fonctionnement concret du service et me familiariser avec nos abonnés. Je suis donc allée plusieurs fois en tournée en compagnie d’Assetou et de Fatoumata, les deux agents de Pesinet. Cela m’a permis d’avoir une idée concrète des modes de vie des familles, de la manière dont se déroulent les visites, et des défis quotidiens que nous rencontrons. J’ai essayé de traduire ces observations en suggestions sur les procédures à suivre par les agents et les améliorations qui pourraient être faites dans le déroulement des visites.
J’avais également pour mission
d’aider le coordinateur à organiser au mieux son travail. Ensemble, nous avons fait un état des lieux de toutes ses tâches et élaboré un emploi du temps lui permettant de gagner en efficacité.
Enfin, nous avons travaillé avec toute l’équipe du site pilote sur un plan d’action commercial pour le recrutement de nouveaux abonnés. Là encore, cela nécessitait une forte compréhension de la culture locale. A Bamako, spots publicitaires et brochures dans les boîtes aux lettres sont moins efficaces qu’une annonce du crieur publique et les réunions chez le chef de quartier !
J’ai énormément appris durant ce voyage, qui était ma première découverte de l’Afrique. Le contact avec le terrain est très important pour moi, et j’étais contente de pouvoir mettre enfin des visages sur les noms ! Je garde un très bon souvenir des rencontres avec les familles, et la réputation des Maliens d’être extrêmement accueillants ne s’est pas démentie.
Il me semble que la démarche adoptée par Pesinet, celle de s’insérer au niveau local, est vraiment la bonne. Je me suis rendu compte à quel point la problématique humanitaire est complexe, surtout quand il s’agit du développement. Il faut certes faire preuve de patience et de capacité de remise en question, il ne s’agit pas d’imposer des modes de faire ou de penser. Au Mali, le rapport aux choses est fondamentalement différent de celui que l’on connaît en Europe. Les familles sont tournées vers la solidarité communautaire et les liens familiaux sont omniprésents. Aller chez le médecin n’est pas une chose naturelle, et le concept de prévoyance à l’occidentale n’existe pas; nous devons travailler dans le long terme avec les familles pour développer un système qui s’insère dans leur culture tout en transformant leur rapport à la santé.
Ce voyage a aussi été l’occasion d’apprendre certaines valeurs comme le rapport à la nature que nous avons quelque peu oubliées en Europe. Comme le dit Erik Orsenna dans Madame Bâ, aller en Afrique, c’est revenir aux sources ! Au final, je pense que partir dans ces conditions est vraiment l’une des manières les plus riches de découvrir un pays.
Pour Pesinet, il faut mettre l’accent sur l’accompagnement et le suivi sur place. Le but poursuivi par l’association est de créer un système local financé par des fonds locaux et géré par des salariés locaux à moyen terme. Pour cela, il faut mettre cette année la priorité sur la consolidation du projet pilote et son développement. Cela nécessite des investissements importants, en ressources humaines, pour recruter d’autres personnes à temps plein sur le projet afin de former les acteurs sur le terrain, mais également pour les développements logiciels.
Pour moi… un autre voyage au Mali, c’est sûr !